L’agence de notation Moody’s dégrade la note de 15 grandes banques

Une dure sanction

En ce 22 juin 2012, le vent tourne à nouveau pour les banques internationales mais aussi françaises : Moody’s, l’une des trois principales agences de notation mondiales, dégrade la note de 15 banques avec une « mention » spéciale pour le Crédit Suisse qui subit le plus lourd tribut voyant sa note dégradée de trois crans et se positionner à A2.
Les banques françaises ne sont pas épargnées : BNP Paribas, qui a pourtant su démontrer sa résistance financière en temps de crise et sa solvabilité, est désormais notée A2 (contre Aa3) avec une perspective stable voyant sa note chuter de deux crans. Il en va de même pour Crédit Agricole (A2, perspective négative) et la Société Générale, qui elle, bénéficie d’une sanction moins lourde avec un déclassement d’un cran uniquement (A2, perspective stable).

Cette annonce fait suite à l’étude lancée mi-février par l’agence qui considérait alors que les notes publiées négligeaient des éléments majeurs parmi lesquels la dégradation des conditions de financement, l’élargissement des spreads de crédit, le durcissement de la réglementation et la détérioration des conditions d’activité. Il est important de noter que les institutions financières concernées par cette décision sont toutes sans exception, largement présentes sur les marchés de capitaux et ont donc une exposition aux risques décuplée comparativement à d’autres banques moins présentes sur ces mêmes segments.

Les effets attendus de la dégradation

Qui dit dégradation dit confiance amoindrie…ce qui risque de coûter plus cher aux banques. Leur refinancement sera plus difficile ou tout du moins plus onéreux, dans la mesure où elles risquent de faire face à l’hésitation de leurs homologues dans le prêt de liquidités. Reste toujours la Banque Centrale Européenne qui a injecté près de 1000 milliards d’euros depuis décembre 2011 afin d’éviter les tensions notamment sur le marché du crédit. Ces fonds permettront ainsi aux particuliers de ne pas subir la hausse pourtant attendue du coût du crédit et de conserver une dynamique sur ce marché. Cependant, l’octroi de crédits lui-même risque d’être plus limité, les banques devant se concentrer avant tout sur le renforcement de leurs fonds propres.

Concernant le marché actions, déjà relativement volatile, il devrait le rester laissant les actions à un niveau de spéculation toujours important ce qui risque d’affecter directement les petits épargnants.

Enfin, combinée au changement gouvernemental français, ces déclassements devraient également donner lieu au drainage des liquidités des banques françaises vers la caisse des dépôts qui centralise les milliards du placement préféré des Français, le livret A. En effet, le nouveau Président, François Hollande, envisage une augmentation du plafond du livret A.

L’impact de la notation sur la rentabilité financière des placements

Si la notation n’a pas pour but d’impacter les marchés boursiers mais uniquement de fournir de l’information financière, elle est pourtant systématiquement (ou presque) suivie d’une décote du titre visé. Les investisseurs sont particulièrement soucieux des notations (à la baisse ou à la hausse) et modifient leur attitude de placement en conséquence. Il semble donc plus ou moins évident que les placements subiront les effets à plus ou moins long terme de cette dégradation tout du moins certains d’entre eux : les fonds en actions, les OPCVM dynamiques, les fonds en unités de compte ou toute autre catégorie d’actifs en lien direct avec le marché et soumis à la volatilité des marchés.

Et pour la suite ?

Si le paysage bancaire a de nouveau pris une gifle, il n’en reste pas moins solide et résistant face à la crise. Loin des modèles espagnols ou grecs, les banques françaises bénéficient d’un matelas de sécurité offert par des services toujours plus développés et une activité de banque de détail forte. Comme l’évoque l’économiste Philippe Crevel, « cette dégradation ne change pas la face du monde bancaire ». Alors faisons-lui confiance…

Diane Chocron

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