La hausse du plafond du livret A : à qui profitera ce changement ?

L’évolution du plafond

Importante promesse de campagne de Francois Hollande, le doublement du plafond du livret A à 30 600€ ne devrait finalement être qu’une simple augmentation. Passant de 15 300 à 20 000€, c’est à l’automne que cette mesure prendra vraisemblablement effet. Prévue en deux temps, le premier seuil de 20 000 € sera augmenté uniquement si les effets observés suite au premier relèvement sont probants…Soit pas avant quelques années. Mais pourquoi ce changement d’orientation ? Afin de faire passer plus doucement la pilule, le gouvernement a choisi de procéder par paliers évitant ainsi des transferts d’épargne en masse et un trop gros coup de massue pour les banques (coût pour les banques estimé entre 480 et 730 millions d’euros).

Les retombées d’un tel changement

Les institutions bancaires seront donc les premières affectées par cette réforme. Et pour cause, deux tiers des fonds placés sur les livrets A sont centralisés à la caisse des dépôts échappant ainsi aux banques. Ou même si, toutefois, les fonds y restaient, le risque que cette épargne soient déplacée vers le livret A, non fiscalisé, est fort. Conséquence attendue : une panne sèche de liquidités qui les auraient, en temps normal, aider à répondre aux exigences règlementaires de Bâle III.

Les assureurs sont également directement impactés par cette évolution : il y a fort à craindre une poursuite de la décollecte sur l’assurance vie déjà entamée en 2011. En effet, le taux de rendement des fonds en euros ne cesse de baisser et sa fiscalité est sans cesse remise en cause. A ce jour, on estime entre 30 et 40 milliards (Source : M.Martel, DG de Groupama) le montant des fonds amenés à se déplacer de l’assurance vie vers le livret A. Cependant, les taux offerts par les fonds en euros restent aujourd’hui bien plus attractifs (entre 3 et 3,50% avant prélèvements sociaux de 13,5%) que celui offert par le livret A.

Autre effet attendu : la création d’une véritable niche fiscale pour les ménages les plus fortunés. En effet, ce transfert devrait stimuler le déplacement de l’épargne vers ce produit totalement exonéré d’impôt. Seul bémol : cette migration devrait coûter cher aux finances publiques car ce déplacement se fera nécessairement au détriment d’un produit fiscalisé et générant donc de l’argent frais pour l’état. Mesure étonnante pour un gouvernement socialiste qui devrait pourtant favoriser le développement de placements longs… Ainsi, une famille de cinq personnes dont chaque membre ouvre un livret A pourrait constituer une épargne de 100.000 euros (voire 153 000 si la mesure initialement prévue est conservée), le tout sans imposition.

Un objectif : le financement du logement social

Cette réforme devrait néanmoins faire la part belle aux logements sociaux auxquels les fonds sont destinés. Comme l’a largement vanté François Hollande durant sa campagne, cette mesure a pour objectif premier de dynamiser la construction de logements sociaux et d’ainsi porter le nombre de constructions annuelles à 150 000 contre 110 000 en 2011.

Il semblerait pourtant que le financement de ces logements ne soit pas au cœur du problème: c’est l’offre qui fait défaut aujourd’hui, plus que les financements eux-mêmes : il y a un manque réel de terrains et de projets de construction, le foncier est rare et les prix élevés. Le véritable enjeu est donc de réussir à stimuler l’offre, à défaut, les financements ne seront pas vraiment utiles et n’auront fait finalement que provoquer un effet fiscal indésirable.

Restons prudents et objectifs…

Avec une collecte nette de près de 10 milliards d’euros en mai 2012 (Source : Caisse des dépôts) et un encours total de 226,6 milliards d’euros, le livret A s’impose véritablement comme un placement attrayant. Cependant, l’évolution de son plafond est une mesure à étudier avec précaution. Rémunéré 2,25% avec une inflation oscillant entre 2,2 et 2,3%, le livret A, même défiscalisé et sans risque, reste assez peu intéressant en termes de rendement et il n’est surtout pas à l’abri d’une révision trimestrielle, à la hausse (auquel cas il redeviendrait légèrement gagnant)…comme à la baisse. Le monde financier offre une large diversité de produits permettant de trouver la réponse à un objectif et à un niveau de risque que l’investisseur choisit. Alors ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier.

Diane Chocron

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